Coup de gueule.

J’ai ouvert ce blog il y a déjà près de 3 ans et depuis tout ce temps je n’utilise plus que des produits cosmétiques bio. Je devrais donc commencer à être bien rodée pour déjouer les pièges tendus au quotidien par un certain nombre de marques, et c’est d’ailleurs globalement le cas.

Je n’achète plus aucun produit en magasins dit « traditionnels », je fabrique certaines choses moi-même à partir d’ingrédients bruts (provenant souvent de la micro-marque Solaure dont je connais personnellement la créatrice et unique employée), j’utilise d’ailleurs très souvent des produits bruts (démaquillage intégral uniquement à l’huile végétale par exemple), j’ai appris à décrypter les compositions, je ne commande plus de produits aux Etats-Unis (en plus d’un bilan carbone catastrophique pour vos achats, les labels US ne sont pas hyper fiables et surtout la législation en matière d’étiquetage n’est pas du tout la même qu’en Europe).

Mais il faut croire que ça ne m’empêche pas totalement de me faire avoir… et vous allez en avoir un bel exemple aujourd’hui !
Il faut bien dire que ces derniers temps, j’ai tendance à faire un peu n’importe quoi. Je n’aime en général pas du tout changer de produits, je tends vers une routine globale la plus simple possible et un certain minimalisme en matière de soins, et je me suis toujours (oui toujours, même avant le passage au naturel) contentée de faire le minimum pour mes cheveux. Je n’aime pas me compliquer la vie à ce niveau-là et ils ne s’en portent pas plus mal.
Et pourtant je viens en quelques mois, d’enchainer 2 bêtises. Il faut croire que la course au roux m’est monté à la tête 🙂

Donc, après le stupide passage par la case Lush, je viens de me faire avoir par Mulato. Alors oui, c’est clairement ma faute et en cherchant un tout petit plus, j’aurais pu éviter ça. Mais que voulez-vous, à force de chercher des avis à droite à gauche, et surtout d’en trouver beaucoup sur des blogs orientés « bio et naturel », tous très largement positifs (même s’ils précisent bien que les produits ne sont pas totalement clean), j’ai fini par oublier de faire la seule chose que j’aurais du faire : chercher la composition entière avant de commander et surtout la lire très attentivement.

sienne-brulee-mulato

Pour situer un peu, voilà ce que l’on peut trouver sur la page d’accueil du site de la marque :

La marque MULATO nait en 2007. A l’origine du projet, une prise de conscience d’un coiffeur lyonnais Patrice MULATO, des risques d’allergies liées aux produits de coloration, de décoloration, de permanente ou de défrisage auxquels sont exposés quotidiennement les professionnels de la coiffure.

Patrice Mulato, lui-même allergique, développe alors une alternative aux colorations classiques en offrant pour la 1ère fois en France des soins repigmentants naturels SANS AMMONIAQUE, SANS EAU OXYGENEE, SANS RESORCINE, SANS PARABEN :
« J’ai cherché à développer des produits sans ammoniaque, ni eau oxygénée, ni paraben, ni silicone. Cela n’existait pas, alors je me suis lancé dans la conception de produits en m’associant à un laboratoire français. » explique Patrice Mulato.

Depuis, la marque élabore des produits capillaires efficaces avec un minimum de
90% d’ingrédients d’origine naturelle dans un souci permanent de préservation de votre santé et de l’environnement.

Capture du site de la marque
Capture du site de la marque

Voilà voilà… Et donc si ça, ça n’est pas du greenwashing je ne sais pas ce que c’est.
Je vais vous donner les compos exactes des 2 produits que j’ai achetés. Elles ne correspondent pas intégralement à celles indiquées sur le site de Mulato (ingrédients et ordre) :

Shampoing repigmentant sienne brûlée (92 % d’ingrédients d’origine naturelle)
Sans ammoniaque – sans paraben –sans eau oxygénée – sans silicone
aqua – glycerin – decyl glucoside sodium carboxymethyl oleyl polypropylamine sodium laureth sulfate – cocamidopropyl betaine – glycole distearate – cocamide MEA Laureth-10hydroxypropyltrimonium hydrolysed wheat protein –  butyrospermum parkii butter – beta carotene – heliantus annuus seed oil – prunus cerasus (bitter cherry) extract – rubus fruticosus extract (blackberry fruit extract) – propylene glycol – bixa orellana seed extract sodium hyaluronate polyamide-2 acrylate c10-30 – acrylate crosspolymer –   triethanolamine – sodium chloride – parfum – tetrasodium EDTA basic red 76  (CI 12245) – hc yellow 4 – basic yellow 57 (CI 12719) – basic brown 16 (CI 12250) – basic brown 17 (CI 12251)  – mica – titanium dioxide (CI 77891) – iron oxide (CI 77491) – benzoic acid – methylchloroisothiazolinone  –  methylisothiazolinone – magnesium chloride – magensium nitrate – potassium sorbate – sodium benzoate – citric acid – phenoxyethanol

Sur le site, voilà ce que l’on trouve (capture d’écran du 28 juin) :

Capture composhampoing mulato

Soin repigmentant sienne brûlée (96 % d’ingrédients d’origine naturelle)
Sans ammoniaque – sans paraben –sans eau oxygénée – sans silicone
aqua (water) – cetearyl alcohol – glycerin – glycol distearate – cetrimonium chloride – butyrospermum parkii butter – heliantus annuus seed oil – hydroxypropyltrimonium hydrolysed wheat protein – beta caroten – prunus cerasus (bitter cherry) extract – rubus fruticosus extract (blackberry fruit extract) – sodium hyaluronate – propylene glycol – bixa orellana seed extract  parfum – basic red 76 – hc yellow 4 – basic yellow 57 – basic brown 16 – basic brown 17 – mica – titanium dioxide – iron oxide – potassium sorbate – sodium benzoate – citric acid – methylchloroisothiazolinone  –  methylisothiazolinone magensium nitratemagnesium chloride – phenoxyethanol

Et sur le site, voilà donc précisément ce qui est affiche (capture d’écran réalisée le 28 juin) :

Capture compo soin mulato
En rouge et orange, les ingrédients dont il faut sérieusement se méfier (pour plus de détails, je vous invite à consulter l’ouvrage de Rita Stiens, La Vérité sur les cosmétiques, et vous pouvez toujours me poser des questions également) .
Concernant les colorants à proprement parler, je ne suis pas capable de vous dire s’ils sont nocifs ou non.

Comme souvent pour les produits indiqués « sans paraben », on retrouve le methylisothiazolinone à la place, très allergène et peut-être finalement pire que ces fameux parabens.
On peut également constater la présence de triethalonamine dans le shampoing qui est également un allergène et qui peut être cancérigène dans certaines situations (on retrouve souvent cet ingrédient dans les colorations qui se veulent un peu plus naturelles…).

Après tout ça, il faut qu’on m’explique comment un telle marque  peut se présenter avec la phrase suivante : « la cosmétique naturelle du cheveux ».
Naturelle oui si on considère que ces produits sont plein d’eau qui est bel et bien un ingrédient naturel 😉
Après, je sais bien qu’elle n’affiche aucun label et qu’elle surfe sur la tendance actuelle mais pour moi ça n’est justement pas normal, et elle induit le consommateur peu averti en erreur (et même le plus averti du coup parfois !).

Du coup, si malgré tout ça une lectrice est tentée par le shampoing, qu’elle me contacte rapidement par mail, je vais sinon faire une demande pour le retourner et obtenir un remboursement dans le week-end… Et j’opte à la place pour le shampoing au henné de Logona en alternance avec ma poudre de shikakaï.
Je pense par contre quand même garder et tester le soin, même s’il est trèèèèès loin de mon éthique habituelle, histoire de booster de temps en temps mon roux un peu retrouvé depuis quelques jours après des semaines d’efforts et un nouveau henné 50% henné blond/ 50 % henné d’Egypte 😉
Sauf si quelqu’un vient me dire qu’en plus de tout ça, la marque encourage les tests sur les animaux (oui je suis au courant qu’ils sont normalement interdits mais bon…) !

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12 réflexions sur “Coup de gueule.

  1. Bonjour,

    j’avais envisagé de l’acheter, pensant que la composition était moyenne… mais si en + tous les ingrédients litigieux ne sont pas marqués sur le site, ce n’est meme pas la peine !
    merci pour l’info !

    1. Merci pour ton message.

      Pour préciser un peu, certains ingrédients problématiques comme le methylchloroisothiazolinone et le methylisothiazolinone sont clairement indiqués sur le site, là c’est vraiment moi qui n’ai pas fait assez attention, mais d’autres, comme la triéthanolamine dans le shampoing ne le sont pas.
      Je viens du coup d’ajouter dans l’article les captures d’écran avec les compos affichés sur le site de la marque si tu veux comparer les 2 facilement.

      Après il me semble en plus réellement problématique d’écrire noir sur blanc ( en bas du site), je cite :

      « Nous sommes spécialistes de la Cosmétique Naturelle du cheveu. Notre gamme de repigmentants naturels permet d’apporter des reflets de couleur dans les cheveux, sans ammoniaque ni eau oxygénée, sans paraben, sans silicone.

      On peut parler de coloration naturelle puisque grâce à une très forte concentration en pigments et aux principaux ingrédients (beurre de karité bio, huile de tournesol bio, mica) nos produits sont efficaces sur cheveux naturels, colorés ou méchés. »

      Alors que clairement tout ça n’est pas naturel et c’est bien l’eau qui fait monter le pourcentage d’origine naturel et non les actifs, surtout dans le shampoing…

      1. merci ! je trouve les compos super différentes ! par exemple : glycol distearate et cetrimonium chloride pas dans le meme ordre >>> coquille ou moins de 1% ce qui permet de ne pas les écrire dans l’ordre ?

        c’est clair que l’on est en plein dans du greenwashing meme pas un peu ambigu (genre un beau logo vert : ah çà fait bio? oops) : c’est largement appuyé par un discours …
        D’après mon expérience, c’est très caractéristique des salons de coiffure surtout

        moi je pense opter pour les colorations k pour karité creme prete à l’emploi
        Ingrédients : Aqua, Glycerin, Alcohol dénat., Benzyl alcohol, Aloe barbadensis leaf juice (Jus d’Aloe vera/ Aloe vera juice), Salvia officinalis (Hydrolat de Sauge/Sage) water, Citric acid, Basic yellow 57 (CI 12719), Basic brown 17 (CI 12251), Basic Blue 99 (CI 56059), Basic Red 76 (CI 12245), Hydroxyethylcellulose, Butyrospermum parkii (Oléine de Karité/Shea butter) oil, Hydroxypropyl guar hydroxypropyltrimonium chloride, Sunflower seed oleic polyglyceryl-6-esters, Aminomethyl Propanol, Parfum (Fragrance)
        mais ce qui me fait tiquer c’est que je ne sais rien de ces colorants (que l’on retrouve dans les mulatos aussi) et surtout… qu’ils ont tous exactement la meme compo, colorants inclus http://www.kpourkarite.com/fr/coloration/ingredients.html !
        j’avais acheté le brun une fois : j’ai bien ces red, yellow et surtout blue improbables pour faire du marron foncé >>> c’est quoi ces étiquettes bidons ??? o_0

        tu en penses quoi ?

        1. Je me pose la même question que toi concernant l’ordre des composants.

          Il faut que je me renseigne encore sur ces histoires de colorants pour être totalement au point, mais j’ai déjà pu comprendre que le basic brown 17 et le basic yellow 57 par exemple, sont des colorants azoïques.
          Et d’après ce que je peux lire dans le bouquin « La Vérité que les cosmétiques » ils sont douteux sur le plan toxicologique. Je cite : « Aux USA, la plupart des colorant azoïques (monoazo et biazo), c’est-à-dire les colorants synthétiques dérivés du goudron aminé, ne sont pas autorisés. Dans l’Union européenne beaucoup d’entre eux sont classé dans la catégorie 4 (contact court avec la peau). »

          Ces colorants semblent fréquemment utilisés dans les « fausses » colorations naturelles car je viens de les retrouver dans les compositions de Sanotint par exemple, en plus de Mulato et K pour Karité.

          Le basic yellow 57 est apparemment autorisé dans la composition d’un produit jusqu’à hauteur de 2%. Je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres.

          J’ai trouvé ce lien sur le site de l’académie de Montpellier qui est intéressant à propos des cheveux et colorations capillaires, même si c’est un peu long et austère (il y est d’ailleurs bien précisé que pour obtenir du brun, il faut mélanger du jaune, de bleu et du rouge, ce qui correspond du coup à la compo de ta coloration K pour Karité pour laquelle tu te posais la question ) :
          http://webpeda.ac-montpellier.fr/wspc/ABCDORGA/Famille5/TEINTURESCAP.htm#TROISTROIS

          Tu peux aussi jeter un coup d’œil aux analyses de compositions sur le site La Vérité sur les cosmétiques (lui aussi bien utile, comme le livre du même nom !) par ici, c’est assez parlant, même si elles commencent à dater un peu : http://www.laveritesurlescosmetiques.com/themen_060_fr.php

          Quoi qu’il en soit, je crois qu’il faut bien garder en tête que les seules colorations capillaires réellement naturelles et végétales sont le henné (pur bien entendu, sans adjonction de sels métalliques comme le sodium picramate) et les plantes tinctoriales comme par exemple indigo, rhapontic, verge d’or, camomille etc…

          Les 2 marques qui proposent des mélanges tout prêts auxquelles je fais confiance sont Terre de Couleur et Logona, point barre 🙂

          De mon côté, je fais maintenant mes propres mélanges henné / plantes tinctoriales et je souhaitais juste trouver un « booster» le plus clean possible à utiliser une fois par mois maximum afin d’entretenir un peu mon roux entre 2 hennés. Et bien, ça n’est pas gagné visiblement !!!!

        2. merci à toi surtout (meme si tu semes le doute dans mon achat : la colo est en soldes lol)

          avec toutes tes précisions, je t’avouerai d’ailleurs que je ne ressens pas la nécessité de lire tout l’article austere lol (et pour la véritesurlescosmetiques, ces colorants n’y sont pas : c’est là que je bloquais)
          ce n’est pas bon signe si les Américains les ont interdits (surtout que je les trouve moins rigoureux qu’ici… cf les INCI tronqués tout à fait légaux) ! surtout que le temps de pose de la coloration est de 30 minutes quand meme …

          après, je fais attention pour tout le reste, je peux bien me permettre cette coloration un peu « limite » …
          Car j’ai un soucis (qui va expliquer que je me tourne vers cette coloration, alors que tu cites des références bien + saines) : je veux du temporaire, or toutes les colorations que tu cites sont à base de henné = tenaces : je ne veux surtout pas reprendre mon effet racine à 0.
          A l’inverse les colo k pour karité à base de plantes (sauf henné) ont une tenue de 6 à 8 shampoings (sachant que les autres c’est 10 à 15 shampoings et que çà ne tient pas 4 shampoings sur mes cheveux colorés) : couteux en temps et en argent pour si peu de temps !

          d’ailleurs, si, comme tu l’as dit, tu ajoutes les commentaires dans l’article, tu peux ajouter à ces marques fiables les populaires khadi, ainsi que santé naturkosmetik

          sinon, tu as raison : faut les 3 couleurs primaires pour l’obtention du marron, mais il y a déjà un « brown » et il y en a aussi dans la colo « blond » puisque c’est la meme compo o_0

          arf j’hésite à profiter des soldes sur cette colo…

        3. Ahah, désolée pour le doute du coup 🙂

          Et effectivement tu as complétement raison, le henné c’est vraiment très très tenace !

        4. c’est bien ce qui me fait peur : j’ai acheté une coloration sante naturkosmetik et j’hésiste à la revendre (pas sure que le « 6 à 8 semaines » que je n’ai trouvé que là http://www.green-shop.ch/fr/teintures-colorations-bio/667-poudre-colorante-vegetale-bio-cuivre-100g-sante-4025089041863.html soit vrai)
          >>> donc pas de henné donc pas de doute : k pour karité, malgré les doutes

          après, toutes ces colorations sont soit disant temporaires durables sur le papier, mais comme toutes les blogueuses refont régulièrement des hennés, je n’ai trouvé personne pour me dire au bout de combien de temps le tout premier est completement éliminé !

  2. En tout cas, merci beaucoup Chakira pour tes commentaires constructifs qui du coup me permettent d’apporter pas mal de précisions au fur et à mesure.
    Il faudrait du coup peut-être même que je pense à faire un article compilant les résultats de nos « recherches » sur le sujet car je ne sais pas si tout le monde lit les commentaires et que je pense que ça peut en intéresser certains.

  3. Merci pour cet article très intéressant, je suis justement entrain de lire le livre « La vérité sur les cosmétiques », et il est très intéressant. Bon, je ne suis pas encore au bout mais je remarque qu’on peut facilement se faire avoir avec le « green washing ». Et, je viens justement de lire un article sur Lush dont les produits contiennent des parabens, j’ai été vraiment surprise. Comme quoi si on ne s’y connait pas un peu comme toi, on peut facilement se faire avoir. :s Je suis ravie d’avoir découvert ton blog qui m’apporte vraiment pas mal de choses, je me suis mise aux cosmétiques bio et naturels depuis maintenant un peu plus d’un an et je dois dire que c’est beaucoup plus agréable et surtout, je vois une réelle différence tout en me disant que j’arrive à donner un petit coup de pouce à l’environnement 🙂 A très bientôt 🙂

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